18 juillet 2017

André Pux : le pionnier de la maison individuelle moderne

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Le contexte :
une crise du logement après la seconde guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale a partiellement ou totalement détruit deux millions de logements en France, soit un cinquième du parc immobilier existant. Mais en s’en tenant à ce seul nombre, on sous-estimerait les énormes et urgents besoins de reconstruction de la fin des années 1940. Car, outre qu’il fallait reconstruire les logements détruits, il fallait aussi remédier à un habitat souvent vétuste et surpeuplé.

Or, bien qu’un ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme fut institué en 1944, seulement 200 000 logements sortirent de terre entre la fin de la guerre et 1950. La pénurie de logements ne fit donc que s’aggraver vingt bonnes années durant, parce que, parmi toutes les urgences de la reconstruction, il fallait aussi remettre le pays en route, c’est-à-dire l’appareil productif et, naturellement, pour sortir la France de la misère, cette urgence-là était prioritaire.

La Seconde Guerre mondiale entraîna une très forte croissance économique dont tous les Français profitèrent et, dans cette période d’optimisme et de confiance en l’avenir, la population marqua son goût pour l’habitat individuel.
Dès 1947, l’Institut national d’études démographiques (Ined) publia une étude de grande ampleur intitulée Désirs des Français en matière d’habitation urbaine. La grande majorité des personnes interrogées manifestèrent leur désir d’être propriétaires d’une maison avec un jardin.

 

La renaissance de la maison individuelle

André Pux fonda en juillet 1945 la Société des Maisons Phénix, en s’inspirant de la méthode américaine des home builders. Ce procédé industriel consiste à produire des maisons individuelles en recourant à des éléments préfabriqués en grande série en usine. Ensuite, ces différentes parties préfabriquées sont montées sur place par des techniciens à moindre coût. André Pux recourra au béton et à l’acier pour lancer ses modèles.

À l’origine, l’objectif était de reconstruire les logements détruits par la guerre, d’où l’appellation de Phénix, la maison qui renaît de ses cendres. D’une centaine de maisons construites dans les années 1950, Maisons Phénix en construira 20 000 en 1979 (Claude Thibaut, Histoire/histoires de la propriété immobilière, Document éditions Résidence, 1997). André Pux resta à la tête des Maisons Phénix durant trente ans. La profession des constructeurs de maisons individuelles va se structurer en donnant naissance en 1961 au Syndicat national des constructeurs de Maisons Individuelles (SMI) dont le premier président sera André Pux. Le SMI laissera place à l’Union Nationale des Constructeurs de Maisons Individuelles (UNCMI) en 1984. L’UNCMI, devenue l’Union des Maisons Françaises (UMF) fusionnera en 2016 avec l’Union des Constructeurs de la Fédération Française du Bâtiment (UCI-FFB) et prendra pour nom Les Constructeurs et Aménageurs de la Fédération Française du Bâtiment (LCA-FFB), aujourd’hui première organisation représentative de la construction immobilière en France. Elle est actuellement présidée par Patrick Vandromme, Président Directeur Général du Groupe Maisons France Confort.

Par ailleurs en 1949, un certain Robert Leroy créa le Groupe Maison familiale (GMF), structure associative tentant de proposer la construction de maisons individuelles à prix bas.

De son côté, l’Etat encouragea aussi l’émergence des pavillons réalisés par les acteurs privés. En 1969, le ministre de l’Equipement et du Logement, Albin Chalandon organisa ainsi le Concours International de la Maison Individuelle pour faire émerger une offre en quantité importante de maisons pour les classes populaires : les « Chalandonnettes ».

Même si sur la période 1969-1972, on estime que 70 000 maisons furent construites, ces « Chalandonnettes » ne connurent pas le succès escompté par les pouvoirs publics. Deux raisons à cet échec relatif : la qualité de construction et de conception était discutable et ces maisons construites côte à côte s’apparentaient de bien trop près à de grands ensembles.

Cette volonté de promotion de la maison individuelle s’inscrivait dans le sillage d’une tendance qui avait déjà émergé bien avant la Seconde Guerre mondiale, grâce notamment à deux textes législatifs : la loi Siegfried de 1894 accordait une aide aux sociétés de construction philanthropiques et en particulier en faveur de la maison individuelle ; quant à la loi Loucheur de 1928, elle prévoyait de faire émerger en cinq ans 100 000 petits propriétaires par financement de l’Etat.

 

 

 


Contemporains


 

L’habitat participatif avant l’heure

Parallèlement, d’autres initiatives se développèrent. Citons le mouvement des Castors qui apparut en 1948. Les Castors, comme leur nom l’indique, était un mouvement coopératif d’auto-construction qui reposait sur l’apport travail. Ses membres, des particuliers, unissent leurs forces pour franchir eux-mêmes toutes les étapes nécessaires à la construction de leur propre logement : conception des plans, assainissement du terrain, construction. Cette initiative, qui peut sembler utopique, prit sa source dans l’insuffisance des initiatives publiques pour doper la reconstruction et favoriser la construction à moindre coût.

Les premières réalisations importantes des Castors se trouvent en Aquitaine, la cité des Alouettes à Pessac près de Bordeaux (1948) et la cité Saint-Amand à Bayonne (1951).

Les Castors se fédérèrent en 1951 en une Union Nationale des Castors (UNC), dont l’objectif était de « coordonner l’activité des Castors, c’est-à-dire de ceux qui, en dehors de leur activité professionnelle normale, travaillent à la construction de leur logement ». Le premier dirigeant de l’UNC fut Michel Anselme. Enquête après enquête, année après année, le désir des Français de posséder leur propre maison individuelle s’est toujours confirmé.

 

La place du Crédit Foncier

Le Crédit Foncier a occupé, et occupe toujours, un rôle prépondérant dans le financement des maisons individuelles. La loi du 21 juillet 1950 institua des aides à la pierre : une prime annuelle de 600 francs par mètre carré est versée pendant 20 ans à l’acquéreur d’une résidence principale. Par ailleurs, le Crédit Foncier pouvait accorder un prêt au constructeur, un puissant moteur de l’accession à la propriété.

 

DANS LE RÉTRO

1919
Création du Groupe Maisons France Confort (MFC)

 

1945
Fondation de la société Maisons Phénix (Groupe Geoxia)

 

1947
Enquête publiée par l’Ined : Désirs des Français en matière d’habitation urbaine

 

1948-1953
Eugène Claudius-Petit est ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme

 

1948
Le mouvement d’auto-construction des Castors s’organise

 

1949
Création du Groupe Maison familiale (GMF)

 

1953
Plan Courant pour relancer la construction de nouveaux logements avec un objectif de 240 000 unités
Création du système du « 1 % logement » (participation des employeurs à l’effort de construction)

 

1954
Appel de l’abbé Pierre pour la construction de logements d’urgence

 

1957
Loi sur les Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP)

 

1961
Création du Syndicat national des constructeurs de Maisons Individuelles (SMI)

 

1968-1972
Construction des « Chalandonnettes »

 

1983
Création de Mikit

 

1984
Création de Maisons Pierre

 

 


Chiffres clés

 

 


ÇA ALORS !

La maison s’expose
En 1952, au Printemps, grand magasin parisien du boulevard Haussmann, la revue La Maison française organise une exposition de maquettes de maisons qui donne lieu à un concours pour choisir « La Maison 1953 ».

Quand Pierre Bourdieu s’intéresse aux maisons Phénix
Le sociologue, dans son ouvrage, Les structures sociales de l’économie (éditions du Seuil, 2000) explique le succès des maisons Phénix, au-delà de la loi de l’offre et de la demande, par l’origine sociale modeste des vendeurs, comme celle des acheteurs. Cette proximité sociale favorise la conclusion des ventes.

Les « cottages sociaux » 
Le mouvement « Castor » d’auto-construction est l’héritier des « cottages sociaux » lancés dans les années 1920 : des groupes d’ouvriers travaillaient à la construction de leur maison.

Un prêtre ouvrier
L’initiative de la première cité des Castors, réalisée à Pessac (Gironde) de 1948 à 1951, revient à Etienne Damoran, soudeur et prêtre ouvrier de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

 

 


Vu par…
Christian Louis-Victor,

Président du Groupe École Supérieure des Professions Immobilières (ESPI)
a été le créateur et le PDG de la Compagnie Européenne de Garanties Immobilières – CEGI

 

La maison pour tous ou l’aventure industrielle originale de Maison Phénix.

André Pux et son ami et confrère Roger Bouteville de l’école centrale de Paris sollicités par le général de Gaulle, découvrent au cour d’un séjour en Angleterre, à la libération, des hangars et des installations industrielles montés rapidement dans les zones lourdement frappées par les bombardements, et ce, grâce aux structures et aux charpentes métalliques. Immédiatement André Pux discerne le parti qu’il peut tirer de cette innovation. Très créatif et doué d’une vision industrielle anticipative, André Pux comme les Anglais, dessine des modules d’ateliers de bâtiments industriels. Il possède une petite usine à la Ciotat où il commence à fabriquer les structures métalliques du concept constructif des Maisons Phénix. Depuis 1946, ces maisons, à partir de ce concept seront produites à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en France et à l’étranger. L’originalité du concept, d’André Pux, se résume en trois formules : industrialisation, livraison d’un produit fini, rayonnement commercial.

Un ingénieur doué d’une vision tri-directionnelle : sortir du concept traditionnel où, suite à la guerre, les hommes compétents et les matériaux manquent cruellement, mettre en œuvre un concept moderne de montage et d’assemblage préfigurant les prémisses de la révolution industrielle et des chaînes de montage, et enfin abaisser significativement les coûts de construction et permettre une accession sociale à la propriété du plus grand nombre.

Le concept est toujours en vigueur avec plus de mille réalisations par an. La pureté du raisonnement technologique, qui retiendra l’intérêt d’un autre grand concepteur et industriel, Marcel Dassault, qui me confiera : « Je compare la paroi de l’avion avec la peau de la Maison Phénix. Deux formes de l’expression du génie industriel français ». André Pux fit de nombreux adeptes de sa vision rationnelle et de sa capacité à tirer la quintessence d’un concept technologique. Il faut reconnaître qu’à ce jour il n’a jamais été égalé en termes de pérennité, économique, à dimension également sociale et n’hésitons pas culturelle, par ses effets positifs sur l’accession sociale à la propriété des classes moyennes et populaires.

 

 


Crédits photos : Shutterstock – Illustration : Caroline Morin