11 septembre 2018

Arles : l’héritage des Romains

Cinq siècles d’occupation romaine de la Gaule ont durablement marqué l’architecture de ce qui deviendra la France. Si de fascinants vestiges sont aujourd’hui encore visibles sur tout le territoire, c’est au bord de la Méditerranée, dans ce que les Romains appelaient leur province, qu’on en recense le plus grand nombre. Antique cité romaine, Arles a gardé son caractère originel depuis ses arènes jusqu’à son théâtre ; des édifices encore visibles et particulièrement bien préservés.

 

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Le contexte : Arles, bastion de la puissance romaine sous Jules César

En 600 av. J.-C., les Phocéens, marins grecs originaires d’Asie mineure, fondent la ville de Marseille et s’installent en Provence. Non loin de là, ils découvrent vite la situation propice de la bourgade celto-ligure de Théliné sur les bords du Rhône et décident de commercer avec elle : c’est la naissance de la ville d’Arles (ou Arelate, mot d’origine celtique signifiant lieu situé près de l’étang). Jusqu’au IIe siècle avant J.-C., Arles constitue l’un des principaux oppida de la Celtique méditerranéenne et va entretenir des relations mouvementées avec sa voisine Marseille. Ces conflits occasionneront d’ailleurs d’importants dégâts à la cité.

Au cours du Ier siècle av. J.-C., les Romains, conduit par Jules César, s’installent en Provence pour envahir la Gaule. Arles devient une cité romaine. C’est à cette période que la ville va véritablement connaître son essor et sa rivale Marseille n’y est pas entièrement étrangère…

La cité phocéenne, refusant de prendre le parti de César, entre en conflit avec le général romain lors de sa guerre civile en 49 av. J.-C.. Jules César se rapproche alors de la cité d’Arles et y fait construire des vaisseaux de guerre qui lui permettront de gagner sa bataille contre Marseille. César, reconnaissant de l’aide apportée lors de cette lutte, décide de récompenser la ville et charge le général Tibérius Claudius Néro d’y fonder la colonie romaine d’Arles en y établissant les vétérans de la VIe légion.

Arles est ainsi indéniablement liée à Jules César. Des archéologues français ont d’ailleurs découvert dans le Rhône en 2007, ce qui semble être le plus vieux buste de César, unique représentation du dictateur romain faite de son vivant. Ce buste est aujourd’hui exposé au Musée départemental Arles antique.

Un moment compromise par l’assassinat de César le 15 mars 44, la cité d’Arles trouve un nouvel élan grâce à Octave, futur empereur Auguste. Engagé dans sa marche vers le pouvoir, il en fait une colonie privilégiée de droit romain, soucieux de rassembler avec lui les fidèles de son père adoptif César.

 

La « petite Rome des Gaules »

La situation géographique d’Arles sur la Méditerranée lui a conféré un rôle stratégique dans l’Empire Romain. Elle bénéficiera pendant presque trois siècles de plusieurs plans d’urbanisme successifs au cours desquels elle s’embellira de ses nombreux monuments et deviendra une cité opulente.

Comme toutes les villes conquises par Rome, Arles a été façonnée à son image, ce qui lui vaudra l’appellation de « petite Rome des Gaules ». On y retrouve au centre le forum, lieu de réunion et de démocratie, autour duquel sont construits des édifices semblables à ceux de Rome, dans leur forme et leur fonction. Les édifices publics sont le siège de la diffusion de la culture romaine et l’architecture publique est l’expression de l’idéal romain.

Théâtre antique d’Arles.

Le règne d’Auguste a marqué la construction de monuments emblématiques qui sont aujourd’hui les vestiges gallo-romains les plus impressionnants, que ce soit par leur taille, leur vocation ou leur état de conservation. Au fil de l’histoire, d’autres illustres personnages ont également contribué à l’essor de la ville, comme Constantin Ier qui y a fait entreprendre des travaux et convoqué le premier concile chrétien en 314.

Temples, thermes, arènes et amphithéâtres… Autant d’édifices qui font aujourd’hui d’Arles l’une des villes qui a le mieux conservé son cachet de l’époque romaine.

 

Dans le rétro

Ier siècle avant J.-C.

Les Romains envahissent la Gaule, en commençant par la Provence. C’est la naissance des villes romaines.

46 avant J.-C.

Fondation de la colonie romaine d’Arles pour les vétérans de la VIe légion.

90 après J.-C.

Construction de l’amphithéâtre d’Arles.

1840

Premier classement des monuments historiques en France, demandé par Prosper Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques.

 

Et en même temps...

La Maison Carré.

Nîmes

Nîmes regroupe de somptueux vestiges datant de l’époque romaine ; comme la Tour Magne ou la fameuse Maison Carrée, temple édifié sous le règne de l’empereur Auguste. A l’instar de celles d’Arles, les arènes de Nîmes étaient à l’origine un amphithéâtre abritant de nombreux divertissements. Et c’est toujours le cas, puisqu’il est possible d’assister chaque année à des concerts, des corridas ou encore des courses camarguaises !

 

Orange

Surnommée la Cité des Princes, Orange dispose d’un patrimoine antique impressionnant : le célèbre théâtre, classé monument mondial, ou encore l’arc de triomphe dressé à l’entrée de la ville, sont de parfaites illustrations du style gallo-romain.

 

Paris

Il n’y a pas qu’en Provence où l’on peut admirer de tels vestiges ! A l’époque où elle se nommait encore Lutèce, notre capitale disposait de tout le confort romain avec des thermes, un forum, un amphithéâtre… C’est en se rendant sur la rive gauche que l’on peut découvrir les thermes de Cluny, parmi les mieux préservées en France, mais aussi les fameuses arènes de Lutèce, ouvertes au public.

 

Lyon

Née sous la domination romaine en 43 avant J.-C., Lugdunum, ancienne capitale des Gaules, se développe très rapidement grâce à sa position géographique stratégique, au carrefour des grandes voies romaines de l’Occident au confluent du Rhône et de la Saône. Les vestiges les plus notables sont sans doute le théâtre antique de Fourvière et le Tombeau de Turpio, particulièrement bien conservés.

 

Des édifices classés monuments historiques

Amphithéâtre romain d’Arles

Inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO depuis 1981, Arles est la ville qui compte le plus de monuments romains après Rome. Ces monuments, principaux témoins de l’installation des Romains à Arles, marquent encore aujourd’hui, le paysage de la ville.

Église Saint-Trophime à Arles.

L’amphithéâtre d’Arles (les arènes où se déroulaient les combats de gladiateurs) est sans doute le monument le plus important de l’ancienne colonie romaine et l’un des plus visités aujourd’hui. Cet amphithéâtre, inspiré du Colisée de Rome, est en très bon état de conservation et accueille encore des spectacles en tout genre.

Arles conserve bien d’autres impressionnants monuments romains datant du Ier siècle avant J.-C., comme le Théâtre antique ou les Cryptoportiques. Elle connait au IVe siècle un second âge d’or dont témoignent les thermes de Constantin et la nécropole des Alyscamps, point de départ du pèlerinage de Compostelle. À l’intérieur des murs, Saint-Trophime avec son cloître est l’un des monuments majeurs de l’art roman provençal.

 

Les influents

Jules César

(100 av. J.-C. – 44 av. J.-C.)

Général et homme politique romain,
il fonde la colonie romaine d’Arles pour récompenser la ville
de son soutien dans la bataille contre Marseille.

 

L’empereur Auguste

(63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.)

Premier empereur romain, il étend dans toutes
les provinces l’empreinte de Rome.

 

L’empereur Constantin Ier

(272- 337)

34e empereur romain, il développe l’urbanisme
d’Arles et y fait construire, notamment,
les thermes de Constantin.

 

 

Au compteur

21 000

Nombre de spectateurs que pouvaient recevoir
les gradins de l’amphithéâtre d’Arles,
dans leur élévation initiale.

 

759 km2

Superficie d’Arles, qui en fait la plus grande
commune de France métropolitaine.

 

2 millions

Nombre de touristes qu’accueille
Arles chaque année.

 

L’indiscret

Cocorico !

Pour la treizième année consécutive, le New York Times a dressé la liste des 52 lieux qu’il faut visiter cette année. En 2018 la France fait (encore) partie des heureux élus ! Le célèbre quotidien new-yorkais place Arles, « le nouveau berceau culturel de la Provence », en 28e position.

Jouer l’arlésienne

Dans le conte d’Alphonse Daudet, Les Lettres de mon Moulin, Jan, un jeune paysan, insiste pour épouser une arlésienne volage qui ne daignera pas venir le jour de leur mariage. Quand il apprend son infidélité, il se donne la mort, incapable de l’oublier. C’est donc de cette personne, toujours attendue sans jamais être venue, que notre expression française finit par désigner quelqu’un ou quelque chose que l’on attend et espère, mais qui n’arrive jamais.

Les Gladiateurs, stars adulées de ces dames

Les sex-symbols de l’époque romaine, c’étaient eux ! Avec leurs muscles saillants et leurs balafres, les gladiateurs attiraient toutes les convoitises. Les femmes étaient donc priées de ne pas s’installer dans les premiers rangs de l’arène pour éviter la tentation de l’adultère…

Vincent Van Gogh autoportrait à l’oreille coupée

De l’inspiration à la folie…

C’est à Arles que Vincent Van Gogh s’installe en 1888 et y réalise pendant plus de 14 mois une multitude de tableaux et de dessins. Sous le coup d’une violente crise, il se tranche le lobe de l’oreille gauche.

 

 

 

 


Vu par…
Patrick Vandromme,

Président de Maisons France Confort et de LCA-FFB.

 

Rome, un héritage ô combien présent : la Ville Eternelle est l’une des villes les plus visitées au monde, et on comprend pourquoi. Rome ne s’est pas faite en un jour, nous dit le proverbe. C’est avec persévérance que l’on réalise les plus grandes œuvres. Et quelles œuvres ! De Valence à Trèves, en passant par Budapest, Vienne ou encore Manchester, l’Empire Romain a laissé sa trace aux quatre coins de l’Europe…

À commencer par la France comme en témoignent Arles et bien d’autres cités provençales, la Provence tirant d’ailleurs son nom de ce qu’elle s’appelait La Province romaine. L’empreinte de Rome sur notre patrimoine national est omniprésente.

Bon nombre de nos cités ont ainsi été façonnées à son image, selon les principes d’urbanisme de ses fondateurs : un plan simple et quadrillé caractérisé par deux voies perpendiculaires dont l’intersection forme le centre de la ville.

On retrouve dans la plupart d’entre elles des bâtiments dont les usages étaient jadis plus ou moins identiques ; des édifices profanes et religieux, comme les temples ou les thermes, ainsi que d’exceptionnels lieux de spectacles, si bien conservés, qui offrent encore aujourd’hui la possibilité d’un formidable voyage dans le temps !

 

 

 

 


Crédits photos : Shutterstock – Illustration : Mikael Moune