10 juillet 2018

Carcassonne : la restauration du patrimoine national

L’époque romantique (qui s’étend jusqu’en 1850) est celle de la prise de conscience collective de la valeur du patrimoine architectural français. Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, de grands projets de restauration des monuments historiques sont engagés avec le soutien de l’État. Parmi les grands ordonnateurs de ce vaste chantier à l’échelle du pays, Eugène Viollet-le-Duc, à qui l’on doit le sauvetage et la conservation d’une centaine d’édifices médiévaux mais également la restauration de la ville de Carcassonne.

 

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Le contexte : Le début d’une prise de conscience

En septembre 1792, une des premières initiatives de la République, tout juste proclamée, fut de promulguer un décret incitant à la destruction des symboles de l’Ancien Régime. Châteaux, églises sont gravement endommagés voire détruits. Plusieurs d’entre eux, placés sous la responsabilité de l’État, vont changer d’affectation, pour devenir des prisons ou même être transformés en matériaux de construction. D’autres encore tombent entre les mains de la population qui les vandalise, pour effacer toute trace visible de la féodalité et graver jusque dans le paysage la chute de la monarchie. Bien qu’un contre-décret fut voté un mois plus tard assurant la conservation des œuvres d’art menacées, il fallut attendre un an, le 24 octobre 1793 (3 brumaire An II), pour que la Convention promulgue un décret interdisant les démolitions, après un appel à la raison de l’Abbé Grégoire, évêque constitutionnel de Blois.

La notion de patrimoine national venait d’entrer dans les textes avec la création d’une commission royale des Monuments en 1790 à qui était assignée la mission d’inventorier et de conserver toute œuvre porteuse d’identité nationale.

Les soubresauts de la Révolution la mirent en sommeil jusqu’à ce qu’une première étape de recensement soit lancée en 1810 sous la direction d’Alexandre de Laborde. Cette démarche permit de poser les fondations d’un principe de conservation des œuvres nationales, bien qu’elle ne fut guère couronnée d’un succès immédiat. L’apparition du mouvement romantique impulsera un regain d’intérêt pour les œuvres du Moyen Âge qu’on s’évertuera alors à vouloir conserver.

De nombreux auteurs de ce courant, dont Victor Hugo, dénonceront la perte d’une partie de l’histoire de la France par la destruction de ce patrimoine. En octobre 1830, sous l’impulsion de la jeune monarchie de Juillet, ce mouvement protestataire aboutit à la création du poste d’inspecteur général des monuments historiques. Nommé à ce poste en 1834, Prosper Mérimée entreprit un voyage à travers le pays pour déterminer l’étendue des besoins et des urgences.

 

Carcassonne ou la cité médiévale

C’est dans ce contexte que le chantier de restauration de la Cité de Carcassonne sera lancé. Face à l’urgence de la situation, quelques dirigeants et intellectuels locaux se battent pour la sauvegarde de la forteresse. Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques, inscrivit l’église de Saint-Nazaire-et-Saint-Celse au titre des monuments historiques en 1840. Ce titre fut bientôt étendu à toute la cité.

Le chantier de restauration fut confié à un jeune architecte qui a prouvé son savoir-faire lors d’un précédent chantier : Eugène Viollet-le-Duc. Sous sa direction, l’église de Saint-Nazaire-et-Saint-Celse fut le premier édifice de la cité à être restauré (1844-1860), bientôt suivi par les remparts de la forteresse.

Les travaux de consolidation et de toiture sont réalisés sur les tours. De même, le quartier des Lices, encombré d’un grand nombre de maisons, fut dégagé pour faciliter la circulation sur le chemin de ronde. Les travaux de restauration de la cité se poursuivront après la mort de Viollet-le-Duc en 1879. Ils seront menés par son élève, Paul Boeswillwald, jusqu’en 1910.

 

Les influents

L’Abbé Henri Grégoire

(1750-1831)

Ordonné prêtre en 1775, député du clergé aux États-Généraux de mai 1789, il rejoignit le tiers état à l’Assemblée constituante qui suivit. Inquiet des excès des révolutionnaires, il fut à l’origine du décret interdisant les démolitions en octobre 1793.

François Guizot

(1787 – 1874)

Ministre de l’Intérieur.
A l’origine de la création du poste d’inspecteur général des monuments historiques en 1830.

Prosper Mérimée

(1803 – 1870)

Historien, académicien, précurseur de l’inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France, n’aura de cesse de protéger les édifices nationaux ayant une valeur historique. La base Mérimée, mise en place en 1978, recense l’ensemble des monuments historiques français.

 

Dans le rétro

1830

Mise en place du poste d’inspecteur général des monuments historiques.

1837

Création de la commission des monuments historiques.

1843-1845

Tournée à travers la France de Viollet-le-Duc et Mérimée.

1887

Première loi de protection des monuments historiques et création des architectes en chef des monuments historiques.

 

Les monuments historiques : et aujourd’hui ?

Château de Carcassonne – Meyers Konversations-Lexikon 1897

Placée sous la direction du Ministère de la Culture, la commission des monuments historiques continue aujourd’hui encore sa mission de protection et de sauvegarde du patrimoine national. Pour faciliter l’entretien des biens constituant ce patrimoine, la loi Malraux est votée en 1962.

Elle visait à l’origine une défiscalisation du montant des travaux réalisés au titre de la restauration d’un patrimoine immobilier. Elle a été étendue à tout bien se situant dans une zone définie (ZPPAUP ou secteur sauvegardé). Ainsi, tout investisseur privé souhaitant réhabiliter un bien classé peut bénéficier d’un allégement de ses impôts.

 

 

 

 

 

Viollet-le-Duc (1814/1879) : L’architecte de la restauration / destruction

Autodidacte, il s’est formé au dessin et à l’architecture au cours des voyages qu’il entreprit en 1836 et 1837 en France et en Italie.

Sa pensée

« Restaurer un édifice ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ».

Ses travaux de restauration se fondaient sur une étude approfondie des monuments eux-mêmes et une pensée rationnelle. Son interprétation de la notion de « restauration » reste controversée  car elle visait à effacer les altérations connues par certains monuments au fil du temps.

 

Et en même temps...

La basilique de Vézelay : le chantier de la révélation

Premier édifice à être restauré par le jeune architecte Viollet-le-Duc, encore inconnu à l’époque. Cette réussite lui vaudra reconnaissance et louanges des membres de la commission des monuments. Elle scella également la longue collaboration et amitié entre Mérimée et Viollet-le-Duc.

 

Notre-Dame de Paris : la rescapée au pesant d’or

Menacée de destruction après des actes de vandalisme lors de la Révolution, la cathédrale fit l’objet de travaux de restauration menés par Viollet-le-Duc et Lassus. Entamés en 1843, les travaux s’étendront jusqu’en 1864. La rénovation des sculptures ornant la cathédrale s’appuya sur des œuvres existantes telles que les cathédrales d’Amiens, de Chartres ou de Reims. Le projet visant l’ajout d’une sacristie à la construction se révéla être un gouffre financier.

 

Pierrefonds : le château de conte de fée

Réalisé entre 1857 et 1885, ce chantier prévoyait initialement un travail de restauration partielle, rapidement abandonné au profit d’une reconstruction totale de l’édifice qui servira de villégiature à la cour impériale. Ce projet de restauration reste l’un des plus controversés, en raison de nombreux changements architecturaux opérés par Viollet-le-Duc. Perçu aujourd’hui comme un château de conte de fée, il montre sous un jour nouveau l’art médiéval alliant science et modernité.

 

Saint-Sernin de Toulouse : une restauration provisoire

Restaurée entre 1860 et 1879 par Viollet-le-Duc, la basilique de Saint-Sernin de Toulouse est un chef d’œuvre de l’art gréco-romain. L’architecte entreprit une série de modifications menées sur les toitures, la corniche et l’intérieur (en partie). Ce chantier ne fit pas l’unanimité si bien qu’à partir de 1967, une grande partie des travaux de restauration sur l’édifice porta sur les interventions de Viollet-le-Duc.

 

Au compteur

80 000 francs

Budget initial alloué à la protection
des monuments historiques en 1830
(soit 176 000 euros environ).

3 000

Nombre de monuments historiques recensés
entre 1840 et 1849.

≈ 50 ans

C’est le temps qu’il aura fallu
pour restaurer entièrement
la Cité de Carcassonne.

 

L’indiscret

Viollet-le-Duc

Et la lumière fut à Albi

La passion de Viollet-le-Duc pour l’architecture se révéla lors d’un voyage entreprit avec son oncle, Etienne Delécluze, lors de la découverte de la cathédrale Sainte-Cécile à Albi.

Architecte et écrivain

Ses chantiers de restauration lui ont servi de support pour l’écriture de ses premiers ouvrages : le Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe et le Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carolingienne à la Renaissance.

Silence, ça tourne !

Le château de Pierrefonds a accueilli entre 2008 et 2012, le tournage de la série médiévale Merlin. Les producteurs ont en effet apprécié le parfait état de conservation de l’édifice.

Pour l’amour du détail

Chacun des travaux de restauration est soumis à une longue analyse archéologique préalable. Sa passion du dessin occupe même une place prépondérante dans cette démarche rigoureuse. Il écrit : « Voir, c’est savoir. Dessiner, c’est bien voir ».

Le coup de crayon de la Liberté

Ce fut Viollet-le-Duc qui dessina la tête de la Statue de la Liberté. Il l’adressa à son ami et sculpteur, Bartholdi. Elle fut présentée pour la première fois lors de l’Exposition universelle de 1878 à Paris.

 

 


Vu par…
André Yché,

Président du directoire de CDC Habitat.

 

Dans le cœur du jeune carcassonnais exilé à Montpellier ou en Provence, voire dans les rues glacées de la capitale, qui voit pointer, dans les cahots de l’intercité, après les coteaux de Fontfroide, les crêtes de l’Alaric au-delà desquelles la plaine de Lagrasse, veillée par son abbaye millénaire, s’étend au pied du massif des Corbières, l’impatience croît à chaque instant dans l’attente de la vision de rêve, celle des « Tours de Carcassonne se profilant à l’horizon de Barbaira », selon les mots évocateurs du merveilleux « fou chantant » !

Et une sarabande d’odeurs de garrigue et de raisins vendangés, d’images et de souvenirs se bousculent dans un cocktail de sensations et de réminiscences : celles de Jean Marais et de Roger Hanin s’affrontant dans « Le miracle des loups », celle de Kevin Costner devenu « Robin des Bois » en terre occitane, celles de Peter O’Toole et de la chère Katherine Hepburn racontant l’histoire d’« Un lion en hiver » !

 

 

 

 


Crédits photos : Shutterstock – Illustration : Mikael Moune / vaadigm.studio