7 août 2018

Colmar : le développement du tourisme vert

Le tourisme vert, ce n’est pas seulement la découverte de l’espace champêtre. C’est aussi l’exploration de villes, petites ou moyennes, ainsi que leurs alentours, qui présentent une richesse inestimable faite de panoramas naturels, de faune, de flore… Bref, c’est un peu la ville à la campagne. Colmar, « capitale des vins d’Alsace », chef-lieu du département du Haut-Rhin, est aujourd’hui un modèle de cette forme de tourisme, qui s’appuie sur la richesse du terroir français.

 

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Les racines du tourisme vert

Ce n’est pas un paradoxe, c’est une forme d’effet mécanique. C’est l’exode rural, qui débute en France vers le milieu du XIXe siècle, qui est à l’origine du tourisme vert, et par extension, aux préludes de l’attrait touristique de certaines villes, étroitement liées à leur campagne comme nous en aurons l’illustration avec Colmar. En effet, à cette époque, les habitants des zones rurales quittent leurs terres, attirés par l’industrialisation des grandes villes et leurs salaires plus élevés. Entre 1872 et 1931, le nombre de départs a été en moyenne de 125 000 personnes par an, ce qui aboutit dans une France d’une petite quarantaine de millions d’habitants, à plus de sept millions de ruraux devenus urbains. Essentiellement ponctuels, car liés bien souvent à des événements familiaux (mariages, décès), le retour temporaire de tous ces déracinés vers leur milieu d’origine n’a guère d’impact économique. Néanmoins, son influence sur les mentalités et les moeurs sera décisive pour la suite du développement du tourisme vert, transformant les représentations du monde rural désormais paré de nouvelles qualités : grand air, silence, convivialité, chaleur humaine.

En 1900, André Michelin et son frère Édouard, qui voient le potentiel du tourisme en France et misent sur le développement futur de l’automobile, publient le premier guide Michelin, annuaire de référence de la gastronomie, de l’hôtellerie et du tourisme. Cette première édition est vendue à 35 000 exemplaires.

Avec l’instauration et le développement des congés payés dans les années 1930, les retours des néo-citadins dans les campagnes seront beaucoup plus massifs et réguliers. Émile Aubert, sénateur des Basses-Alpes, va profiter de cette tendance et en 1951, il crée le premier « Gîtes de France ». Initiative intervenant dans une logique d’aménagement du territoire afin de lutter contre la désertification des campagnes.

 

Dans la décennie 1960-1970, avec l’apparition de nouveaux modes de vie et de consommation, ainsi que la généralisation de la possession de la voiture individuelle, on passe d’un séjour sporadique des citadins dans les campagnes à une véritable vogue des vacances vertes et de la naturophilie. Le tourisme vert devient une vraie activité économique.

 

La Petite Venise, Colmar

L’année 1990 marque un nouveau tournant pour le tourisme vert, grâce à un gain d’intérêt de la part d’une clientèle plus diversifiée, élargie aux catégories moyennes supérieures de la société française et à des étrangers, pour l’essentiel en provenance d’Europe de l’ouest. Dans ce contexte, la ville de Colmar s’affirme comme un bon exemple de cette forme de tourisme, lié à la découverte des richesses du terroir.

 

 

 

Les influents

Ebenezer Howard

(1850–1928)

Urbaniste Britannique, il crée le concept
de cités-jardins (garden-cities).

 

Les frères Michelin

André (1853-1931) et Édouard (1859–1940)

Industriels français, fondateurs de la société Michelin & Cie,
ils créent le Guide Michelin au début du XXe siècle.

 

Émile Aubert

(1906–1969)

Industriel et homme politique français,
il crée le premier « Gîtes de France ».

 

 

Colmar, une ville à la campagne

Colmar est ce que l’on nomme idéalement une ville à la campagne. Fleuron touristique du Haut-Rhin, Colmar est très attaché au milieu rural qui la cerne et notamment au vignoble, spécialisé dans la production de vins de Riesling et de Gewürztraminer.

Ville d’art et d’histoire, capitale des vins d’Alsace, Colmar est visitée chaque année par environ 3,5 millions de touristes qui arpentent ses rues – comme celles de la Petite Venise – et admirent son riche patrimoine architectural et culturel. Exemples de cette richesse, l’ancienne douane, la Maison des Têtes, la Collégiale Saint-Martin ou encore de nombreux bâtiments de style purement alsacien, construits pendant l’âge d’or de Colmar au XVe et XVIe siècles.

Colmar, frontalière de l’Allemagne et pratiquement de la Suisse, ne se trouve guère éloignée non plus du Benelux, de l’Italie, ou encore de l’Autriche. C’est une région de marche, zone frontière où longtemps les villes ont été des forteresses autant que des marchés.

Dans la crise économique, politique et sociale de l’Europe du XIVe siècle, Colmar et certaines villes voisines vont jusqu’à constituer en 1354 la « Décapole », une association de dix villes impériales d’Alsace, afin d’assurer leur sécurité.

De par sa position géographique stratégique, la région a été à la fois favorisée et souvent saccagée au cours de son histoire. Mais elle s’est aussi trouvée sur le grand axe commercial nord-sud, qui joint l’Italie du nord à la Flandre, au cœur de l’économie européenne.

Illustration de cette histoire européenne mouvementée, entre 1870 et 1945, les Colmariens ont changé quatre fois de nationalité, au gré des conflits entre la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, la ville profite pleinement de cette situation géographique favorable, en attirant de nombreux touristes des pays européens voisins.

 

Dans le rétro

1848-1873

Première Révolution industrielle en France.

1850

 Accélération de l’exode rural français.

1900

Création du premier Guide Michelin.

1936

Premiers congés payés.

1946-1975

Trente Glorieuses.

1951

Création du premier « Gîtes de France ».

 

La Cité-jardin, une échappatoire à l’industrialisation ?

Quelques années après à la Première Guerre mondiale, sous les efforts de son futur maire, Édouard Richard, la municipalité de Colmar décide de développer le logement social et le concept de cité-jardin.

Ce concept, théorisé par l’urbaniste britannique Ebenezer Howard en 1898, tente de répondre aux désagréments des villes industrielles polluées et dont on ne contrôle plus le développement pendant la révolution industrielle.

La cité-jardin

La cité-jardin permet en effet d’après lui la « combinaison saine, naturelle et équilibrée de la vie urbaine et de la vie rurale, et cela sur un sol dont la municipalité est propriétaire ».

Entre 1925 et 1932 à Colmar, sont livrés plus de 700 logements, majoritairement répartis dans les nouvelles cités des Vosges, de la Fecht ou celle de Wintzenheim.

 

 

Au compteur

4

Nombre de changements de nationalité
des habitants de Colmar entre 1870 et 1945.

 

125 000 départs / an

en moyenne de ruraux pour la ville
entre les années 1872 et 1931 en France.

 

35 000 exemplaires

de la première édition du Guide Michelin
sont vendus en 1900.

 

Et en même temps...

Rocamadour

Cité médiévale du sud-ouest de la France, Rocamadour est accrochée à une falaise dominant de 150 mètres la vallée encaissée de l’Alzou. Lieu de pèlerinage réputé depuis le XIIe siècle, elle est également un site touristique important. L’église Saint-Sauveur et la crypte Saint-Amadour sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998.

 

Cordes sur Ciel

Située dans le département du Tarn, à 20 km d’Albi, en région Occitanie, Cordes sur Ciel est une cité médiévale construite en 1222 par le comte Raymond VII de Toulouse. Cette bastide, terme qui désigne un type de ville fortifiée du Moyen Âge, était un haut lieu du catharisme, un groupe religieux médiéval s’inscrivant dans le christianisme et qui s’est répandue dans le sud-ouest de la France.

 

Gordes

Situé à 340 mètres d’altitude sur un promontoire rocheux des Monts de Vaucluse, le bourg de Gordes se développe dès le XIe siècle autour de son château, reconstruit en 1525. C’est une ville faite de pierres bâties sur le roc, de rues tortueuses en « calade » (rues pavées) et qui dispose d’un patrimoine riche et varié, avec notamment deux abbayes aux alentours.

 

Cluny

Au cœur de la Bourgogne du sud, pôle touristique autour de l’abbaye à laquelle la ville doit son origine, Cluny est une commune au passé chargé d´histoire. L’abbaye de Cluny, fondée en 910 par Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, comte de Mâcon et Bourges, occupe une place centrale dans l’histoire monastique, foyer spirituel, intellectuel et artistique d’une des plus florissantes branches de l’ordre bénédictin.

 

Provins

Provins est une cité médiévale située au sud-est du département de la Seine-et-Marne. La ville connut une grande prospérité sous les comtes de Champagne, de 1019 à 1284 et acquit son importance grâce aux célèbres « Foires de Champagne » créées par le comte Thibaud III. La ville est remarquablement bien conservée et elle compte une cinquantaine de monuments classés et inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

L’indiscret

À fond la gomme !

L’idée première derrière la création du Guide Michelin, qui est alors gratuit, est d’inciter les automobiliste à rouler à travers le pays… afin d’user leurs pneus !

À l’origine

Le nom de Colmar viendrait du mot latin columbarium, qui signifie colombier, un édifice destiné à loger et à élever des pigeons à l’époque féodale.

À en perdre la tête

Une curiosité de Colmar qui ne passe pas inaperçue est la façade de la Maison des Têtes, datant de 1609 et construite pour le compte du marchand Anton Burger. Elle est ornée de 106 petites têtes humaines qui vous font la grimace.

Toi l’auvergnat

Nombreux à avoir émigré vers Paris, les Auvergnats avaient naguère leur propre journal L’Auvergnat de Paris. Ils disposaient également de trains spécialement affrétés à leur intention pour, l’été venu, « descendre au pays » ou « remonter » vers la capitale.

Millésime 1472

Santé !

Le plus vieux vin au monde est alsacien. Il s’agit d’un vin blanc, élaboré en 1472… il compte donc 546 années au compteur ! Il n’a été servi qu’à trois occasions, la dernière fois en 1944 par le Général Leclerc à la Libération de Strasbourg.

 

 

 

 


Vu par…
Pascale Poirot,

Présidente de l’Union Nationale des Aménageurs (UNAM).

Partir en vacances ne se limite plus à séjourner en bord de mer ou à la montagne.

D’autres formes de tourisme se multiplient. L’élévation du niveau de vie, le développement des transports, ou encore la diversification des moyens d’hébergement sont autant de facteurs qui permettent d’élargir les destinations de loisirs.

Parallèlement à cette évolution, le « tourisme vert » a pris de l’ampleur. Il permet notamment de découvrir le patrimoine historique, culturel et environnemental d’une région et la richesse de son terroir.

La visite de Colmar, et plus largement, la découverte du vignoble alsacien, sont révélatrices de cette forme de tourisme. Il faut aussi dire que la prise de conscience des enjeux de développement durable et de préservation de la nature favorise la recherche d’une certaine authenticité que l’on retrouve dans de telles destinations. Au-delà de Colmar, de nombreux autres sites auraient pu illustrer ce mode de tourisme alternatif. La France est riche de paysages et terroirs diversifiés qui attirent de nombreux vacanciers.

 

 

 


Crédits photos : Shutterstock – Illustration : Mikael Moune