4 juillet 2017

Georges-Eugène Haussmann : le bâtisseur (1809-1891)

Georges-Eugène Haussmann a été préfet de la Seine de 1853 à 1870. Sous l’impulsion de Napoléon III, les travaux de ce grand commis de l’Etat ont façonné Paris pour en faire une grande capitale et, aujourd’hui, l’une des villes les plus visitées au monde.

BIO EXPRESS

Études
1826 – 1831
Doctorat à la faculté de droit de Paris

 

Profession
Haut-fonctionnaire

 

Dates clés

Mai 1831
Secrétaire Général de la préfecture de la Vienne

1832
Sous-préfet d’Yssingeaux

1849
Préfet du Var

1853
Préfet de la Seine

1857
Sénateur

1870
Révocation du préfet Haussmann

 

 

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Qui est-il :
un haut fonctionnaire – bâtisseur

Georges-Eugène Haussmann, fils d’un intendant militaire de Napoléon Ier, doctorat en droit en poche il s’inscrit très brièvement au barreau. Il choisira finalement le service de l’État en entrant définitivement dans l’administration préfectorale dès l’âge de 22 ans. Secrétaire général de la préfecture de la Vienne à Poitiers en 1831, il enchaîna les postes de sous-préfet à travers la France durant la Monarchie de Juillet jusqu’à ce qu’il décroche sa première préfecture à Draguignan, dans le Var, en janvier 1849, tout juste six semaines après l’élection du Prince Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République.

Suivent les préfectures de l’Yonne à Auxerre puis de la Gironde à Bordeaux, juste avant le coup d’État du 2 décembre 1851. Haussmann, profondément dévoué  à la cause de l’Empire, s’investira dans l’éviction des adversaires de Napoléon III.

Devenu Empereur, Napoléon III nomme Georges-Eugène Haussmann à Paris, à la tête du département de la Seine, en 1853. L’Empereur confia au nouveau préfet de la Seine, la mission d’assainir et d’embellir Paris. Il succède ainsi au préfet Jean-Jacques Berger qui, certes, avait entamé la transformation de Paris mais dont l’action était trop timorée aux yeux de l’Empereur.

Georges-Eugène Haussmann restera Préfet de la Seine durant dix-sept ans, jusqu’en 1870, un vrai record de longévité,  refusant à plusieurs reprises d’entrer au gouvernement impérial.

 


Contemporains


 

Le contexte :
Paris est une ville insalubre

Au début du XIXe siècle, les conditions de vie sont déplorables à Paris : étroitesse et saleté des ruelles, rareté de l’eau courante, habitat misérable, manque de lumière, mauvais état des constructions. Se sont ensuivies notamment deux épidémies de choléra particulièrement meurtrières, en 1832 et 1849.

Le philosophe Victor Considerant décrit Paris en 1845 dans Exposition abrégée du système phalanstérien de Fourier : « Paris, c’est un immense atelier de putréfaction, où la misère, la peste et les maladies travaillent de concert, où ne pénètrent guère l’air ni le soleil. Paris, c’est un mauvais lieu où les plantes s’étiolent et périssent, où sur sept petits enfants, il en meurt quatre dans l’année ». Cette situation affecte les trois quarts de la population alors que certains endroits les plus huppés, tels les faubourgs Saint-Honoré ou Saint-Germain sont épargnés.

Influencé par son séjour en Angleterre où il fut impressionné par la propreté des rues londoniennes, Napoléon III met en place une Commission des embellissements de Paris dont il confie la présidence au Comte Siméon, chargé d’établir des propositions qui serviront de feuille de route à Haussmann.

 

Quelle est sa contribution dans l’immobilier :
Haussmann transforme Paris

Haussmann va considérer la ville dans son ensemble. L’objectif n’est pas de réhabiliter un endroit précis mais d’entreprendre des travaux sur l’ensemble du territoire parisien, en particulier pour créer un réseau de voies de communication et de généraliser le système d’adduction d’eau.

Patrice de Moncan (Le Paris d’Haussmann, Les éditions du Mécène, 2002) résume l’œuvre d’Haussmann en trois points : aérer, unifier et embellir Paris.

  • Aérer Paris consiste à y faire entrer l’air et l’eau : circuits d’adduction d’eau et un réseau moderne d’égouts, plantation d’arbres, création de places arborées et de parcs, aménagement des Bois de Boulogne et de Vincennes.
  • Unifier Paris consiste à créer un réseau de circulation : connexion entre les gares et le centre de Paris. Bien entendu, ce dessein implique la percée de certaines voies pour établir des voies de communication (tracé du boulevard de Strasbourg, du boulevard Saint-Michel, du boulevard Malesherbes, prolongement de la rue de Rivoli…).
  • Embellir Paris implique de donner de la perspective aux monuments anciens tels que l’Hôtel de Ville ou Notre-Dame.

 

 

 

Travaux du Canal Saint-Martin Journal Universel, Paris, 1860

1860 : Paris compte les 20 arrondissements que l’on connaît aujourd’hui

Avant 1860, Paris était composée des 12 premiers arrondissements centraux sur une superficie de 3 300 hectares pour 400 000 habitants. En 1860, ce terrain de jeu semble étriqué au Baron Haussmann qui va obtenir l’annexion de 11 communes entières (Auteuil, Batignolles-Monceau, Montmartre, La Chapelle, Passy, La Villette, Belleville, Charonne, Bercy, Grenelle et Vaugirard) et 13 portions de villes : Les Ternes (anciennement Neuilly), Saint-Mandé (dépendant de Vincennes), quartier de la Gare (Ivry), Maison Blanche et Glacière (dépendant de Gentilly), Le Pré-Saint-Gervais et des portions de Clichy, Saint-Ouen, Aubervilliers, Pantin, Vanves, Bagnolet et Issy. La population est multipliée par quatre, pour atteindre 1,6 million d’habitants, la superficie passant à 10 000 hectares dans le périmètre des vingt arrondissements que nous connaissons aujourd’hui.

 

La place du Crédit Foncier

De création récente (1852), le Crédit Foncier a financé nombre de chantiers essentiels liés aux travaux du Baron Haussmann. En sont sortis les bâtiments parmi les plus prestigieux et les plus élégants de la capitale française, ceux qui frappent la ville de son empreinte unique au monde. Et le Paris haussmannien commence logiquement dans le Ier arrondissement, quartier place Vendôme.

 

DANS LE RÉTRO

1830 – 1848
Monarchie de Juillet avec comme roi Louis-Philippe Ier


1848-1852

Napoléon III, 1er président de la République française 1852 Napoléon III, Empereur des Français


1855

Exposition universelle à Paris


1860

Paris est réorganisée en 20 arrondissements à la suite du décret d’annexion de 24 communes environnantes


1867

Exposition universelle à Paris


1868

Publication des « Comptes fantastiques » d’Haussmann par Jules Ferry qui dénonce le coût exorbitant des travaux


1870

Déchéance de Napoléon III & proclamation de la IIIe République


1873

Mort de Napoléon III

 


Chiffres clés

ÇA ALORS !

Besoin d’argent

Haussmann est mort sans le sou ; un paradoxe pour ce bâtisseur, à l’honnêteté exemplaire,  qui contribua à la formation de si nombreuses fortunes !

 

Paris ne vaut pas un ministère

Napoléon III a toujours refusé à Haussmann sa nomination en qualité de ministre de Paris, craignant l’opposition de son gouvernement. En guise de consolation, Haussmann obtint la possibilité à partir de  1860 de défendre devant le Conseil des ministres les textes relatifs à Paris.

 

Berlin ne sera pas haussmannien

Après avoir quitté son costume de préfet, le chancelier allemand Bismarck a proposé à Haussmann, d’origine alsacienne, de venir appliquer sa méthode à Berlin ; ce dernier, furieux, refusa net.

 

Vite, on se marie !

Pour l’arracher des bras d’un « vulgaire » employé de  la préfecture dont elle s’est entichée, Haussmann contraint sa fille aînée, Marie-Henriette, à se marier avec Camille Dollfus, dont le père, Jean, est le pionnier des cités ouvrières.

 

 


Vu par…
Alain Dinin,

Président-directeur général de Nexity

 

L’héritage d’Haussmann est vivant ; il structure encore aujourd’hui Paris. Au-delà du volume, du nombre de voies, places et espaces collectifs créés, deux raisons principales, pour moi, expliquent cette pérennité : d’abord, les principes d’Haussmann, simples, sont centrés sur la densité.

 

Les grandes percées haussmanniennes qui reprennent les tracés historiques sont complétées de réseaux secondaires et tertiaires qui fabriquent « le maillage » et « l’ilot » haussmanniens – 210 intersections au kilomètre carré -, instruments de la densité. Une densité élevée, supérieure à celle des formes urbaines plus récentes, mais dont chacun voit qu’elle est… contemporaine.

 

Sur ce concept résolument moderne, vient se greffer la deuxième raison clé : la volonté politique. Napoléon III donne à Haussmann les moyens d’un bouleversement profond – les cartes le montrent – et rapide : moins de trente ans pour les travaux principaux, ce qui, pour l’époque, est très court. Les critiques seront virulentes mais ces deux raisons, vision juste et volonté politique expliquent pourquoi, un siècle et demi plus tard, Haussmann reste « la » période référence d’un volontarisme urbain réfléchi.

 

 

 


Crédits photos : Shutterstock – Illustration : Caroline Morin