22 août 2017

Les frères Pereire, Isaac (1806-1880) et Emile (1800-1875) : les argentiers du Second Empire

Les frères Pereire vont jouer un rôle important dans le développement de l’activité économique et de commerce sous le Second Empire.

BIO EXPRESS

PROFESSION
Banquiers et hommes d’affaires

 

DATES CLÉS

1825
Premiers articles d’Emile dans le journal Producteur

1835
Création de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain

1852
Création du Crédit mobilier

1861
Création de la Compagnie générale transatlantique « Transat »

1862
Création de la Ville d’Hiver d’Arcachon

1867
Disparition du Crédit mobilier

1871
Procès du Crédit mobilier

1875
Isaac Pereire acquiert le journal La Liberté

 

 

 

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Qui sont-ils :

Émile et Isaac Pereire étaient les fils d’un courtier et assureur maritime bordelais, lui-même fils de l’interprète de Louis XV, un portugais qui francisa son nom de Pereira en Pereire à son installation en France en 1741.

En 1822, l’aîné des deux frères (Emile) rejoignit son oncle, banquier à Paris, qui l’initia à la finance. Le cadet, Isaac, rejoignit son oncle et son frère dès l’année suivante alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Les deux neveux se révélèrent si doués qu’ils purent, avec le soutien des Rothschild et des Bavarois Eichthal, fonder en 1835 la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain.

Durant la Monarchie de Juillet, ils n’eurent aucun mal à suivre le célèbre conseil de Guizot, « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ! », mais c’est sous le Second Empire que les frères Pereire auront apporté une contribution déterminante à la vertigineuse expansion économique qui a radicalement transformé la France durant cette période.

 

Le contexte :
le Second Empire, une période prospère

Fondateur en 1852, de ce qui allait devenir le Crédit Foncier, le prince-président, futur Napoléon III, allait conduire une politique volontariste stimulant les intérêts privés pour doter la France des infrastructures indispensables à son adaptation à la révolution industrielle. Après le Crédit Foncier, de nombreuses grandes banques virent le jour dans les décennies 1850 et 1860, contribuant à l’aménagement du réseau ferroviaire, à la construction de stations balnéaires et thermales, ou à la rénovation de Paris de fond en comble sous la houlette du préfet Haussmann.


Contemporains


 

Quelle est leur contribution dans l’immobilier :
le financement des travaux d’Haussmann

Dans ce gigantesque mouvement d’émergence d’une France urbaine et industrielle, les frères Pereire fondèrent le Crédit mobilier en 1852, avant d’acquérir l’Etablissement thermal de Vichy, d’investir dans les nouvelles compagnies d’assurance, les Houillères de Lorraine (mines de chardon), et de créer la célèbre « Transat », Compagnie générale transatlantique.

Pendant ce temps, Napoléon III nomma Georges-Eugène Haussmann à la préfecture de la Seine à la tête de laquelle il restera dix-sept ans, le temps de remodeler entièrement Paris.

Le financement de ces travaux titanesques sera pris en charge par la Caisse des travaux de Paris, chargée « du service spécial de trésorerie des grands travaux de la ville ». Cette source de financement public restait cependant insuffisante mais les projets haussmanniens se heurtaient aux réticences des financiers déjà largement engagés dans l’industrie et les infrastructures. Cette frilosité de « la Haute Banque » laisse un boulevard aux frères Pereire, soutenus par Napoléon III et Haussmann. Ils lancent la « Société générale de Crédit mobilier » en 1852 pour financer l’industrie, le commerce et les grands travaux d’utilité publique.

C’est ainsi que le Crédit mobilier finança, entre autres, l’aménagement de la plaine Monceau, dans le VIIIe arrondissement ou la construction de lotissements dans le XVIIe. C’est aussi le Crédit mobilier qui s’engagea dans la construction des bâtiments prestigieux qui donnèrent à la ville d’Arcachon l’aspect qu’elle a encore aujourd’hui.
Les frères Pereire qui avaient tracé la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux trouvèrent de la sorte, avec cette ville nouvelle d’Arcachon, le moyen de rentabiliser la ligne douze mois sur douze.

Les frères Pereire touchés par la fièvre immobilière

L’incursion des frères Pereire dans l’immobilier ne fut pas du goût des banquiers traditionnels du secteur, notamment leur ancien partenaire James de Rothschild qui eut ce mot : « La différence entre un Rothschild et un Pereire, c’est que le premier demeurerait à jamais un banquier qui travaille avec son argent tandis que l’autre est fondamentalement un banquier travaillant avec l’argent des particuliers ». La Banque de France n’est pas non plus l’amie des frères Pereire qui avaient tenté de lancer un institut d’émission concurrent à celle-ci.

Un investissement effréné finit par mettre le Crédit mobilier dans des difficultés telles que la Banque de France et les Rothschild durent voler à son secours mais, naturellement, à la condition que les frères Pereire en fussent évincés. Ce qui arriva en 1867.

Les frères Pereire, toujours proches du régime bonapartiste, furent l’un et l’autre, députés jusqu’à la chute du Second Empire en 1870.

 

La place du Crédit Foncier

La Crédit Foncier fut le premier établissement bancaire de l’ère contemporaine, sous l’impulsion du futur Napoléon III. C’est un décret présidentiel du 28 février 1852 posant les principes de fonctionnement des établissements de crédit à destination de la propriété foncière, qui aboutit à la fondation, tout juste un mois plus tard, de la Banque foncière de Paris par un immigré polonais Louis Wolowski.

Les frères Pereire font partie des banquiers qui contribuent à la fondation de la Banque foncière de Paris. L’établissement prit le nom de Crédit Foncier lorsqu’il élargit sa compétence hors du département de la Seine, dès la fin de la même année 1852. Le Crédit Foncier entretenait des relations d’affaires très fortes avec les frères Pereire, en leur consentant de nombreux prêts.

 

DANS LE RÉTRO

1847
Invention du béton armé

1852
Création du Bon Marché, premier concept de grand magasin parisien

1848-1852
Napoléon III, 1er président de la République française

1852-1870
Napoléon III, empereur des Français

1855
Inauguration de l’Hôtel du Louvre à Paris

1870
Déchéance de Napoléon III et proclamation de la IIIe République

1871
La Commune de Paris

1875
Création du téléphone : Bell
Inauguration du nouvel Opéra Charles Garnier

 

 


Chiffres clés

 


ÇA ALORS !

Cachez ce mot !
A sa création, le nom initial du Crédit mobilier est « la banque des travaux publics » ; le vocable « banque », qui déplaît au ministre des Finances Bineau, sera abandonné.

Ça se mérite
Le saint-simonisme a marqué l’action des Frères Pereire ; cette doctrine propose de supprimer les privilèges de naissance et d’instaurer une société industrielle fondée sur les compétences et les talents.

Le Ritz, c’est chic
Le siège du Crédit mobilier était à l’endroit où se trouve actuellement l’hôtel Ritz.

Soif d’écriture
Isaac Pereire, prostré dans son salon à cause de jambes atteintes de varices, passa les dernières années de sa vie à écrire : économie, politique, social, traités de commerces, soit 30 000 pages de littérature !

Un quartier qui se fait  mousser
La Plaine-Monceau (dans le XVIIe arrondissement parisien actuel), lieu de chasse sous l’Ancien Régime, était une petite colline recouverte de mousse au XIXe siècle. Elle fut lotie et urbanisée par les frères Pereire à l’occasion de plusieurs opérations immobilières. C’est actuellement l’un des endroits les plus huppés de la capitale.

 

 


Vu par…
Marie-Anne Barbat-Layani,

Directrice générale de la Fédération Bancaire Française (FBF)

 

La banque et l’immobilier ont une histoire souvent commune. La seconde moitié du XIXe siècle lie en particulier l’essor de ces deux secteurs. L’épopée des frères Pereire en est une illustration.

Le contexte de l’époque est alors le suivant : au XIXe siècle, la France fait sa révolution industrielle avec le développement des chemins de fer, des industries minières ou de biens d’équipement, de l’urbanisme, etc. Tout ceci nécessite des masses très importantes de capitaux qui conduit la profession bancaire à se réinventer et à se moderniser. Et c’est là qu’interviennent les frères Pereire, même si leur aventure ne connaîtra pas la pérennité de nos grands établissements bancaires actuels, souvent fondés au même moment. Les frères Pereire ouvrent la marche à une nouvelle banque, pratiquée à une échelle « industrielle » avec le « Crédit mobilier ». Ils vont financer industries, mines, entrepôts, éclairages, transports maritimes et bien sûr l’immobilier dans toutes ses composantes, en commençant par les travaux d’Haussmann.

Il n’y a pas de développement économique sans système financier qui le soutienne et l’encourage ; au XIXe siècle comme aujourd’hui, cette vérité mérite d’être rappelée.

 

 

 


Crédits photos : Shutterstock – Illustration : Caroline Morin